Portrait d’artiste
Peintre de la bouche depuis plus de 50 ans, Lionel Planchenault travaille exclusivement à la peinture à l’huile. Installé près de Perpignan, il puise une grande partie de son inspiration dans les paysages méditerranéens qui l’entourent. Membre de l’APBP depuis 2017, il nous ouvre les portes de son univers, entre peinture, nature et rencontres.
On pense souvent, à tort, que le handicap est lié à une maladie. Mais parfois, la vie en décide autrement. Nous savions donc, avant même notre rencontre, que le parcours de Lionel Planchenault serait différent de celui des autres artistes croisés jusqu’ici.
Sa vie bascule durant l’été de ses 17 ans, à Paris, lorsqu’un grave accident de moto le rend tétraplégique. Comme il le raconte lui-même, il profitait alors de sa jeunesse et de ses copains lorsque, soudainement, tout s’est arrêté. Les mois qui suivent sont particulièrement éprouvants : les séjours à l’hôpital s’enchaînent et, peu à peu, le goût de vivre s’efface.
C’est finalement une rencontre qui va ouvrir une nouvelle voie. En 1974, un kinésithérapeute l’encourage à essayer la peinture, d’abord simplement pour occuper son esprit et l’aider à sortir de cette période difficile. Ce qui n’était au départ qu’une activité devient progressivement beaucoup plus important. En effet, Lionel se prend au jeu et trouve dans la peinture une nouvelle manière de s’exprimer.
À ses débuts, il peint encore avec la main. Mais sa mobilité diminuant peu à peu, il doit rapidement adapter sa pratique et apprendre à tenir ses pinceaux avec la bouche. Une contrainte qui ne freine pas son envie de progresser, bien au contraire.
Pour comprendre l’univers artistique de Lionel, il suffit aujourd’hui simplement de regarder ce qui l’entoure.
C’est près de Perpignan, au cœur des paysages des Pyrénées-Orientales, qu’il a choisi de s’installer, dans une maison entourée de verdure.
Dès notre arrivée, impossible de se tromper d’adresse ! Sur le mur de l’entrée, une jolie plaque ornée d’une Harley-Davidson nous accueille. Un clin d’œil à son passé de motard et à cette période de sa vie qui, malgré l’accident, n’a pas été oubliée.
Une fois le portail franchi, nous découvrons un véritable havre de paix. Autour de la maison s’étend un magnifique jardin où Lionel vit entouré de ses nombreux compagnons : carpes, chats, poules et chien cohabitent dans ce cadre paisible.
La nature est omniprésente, jusque dans l’espace où Lionel aime peindre. Il travaille principalement dans la véranda de sa maison, baignée de lumière et largement ouverte sur le jardin. Un cadre privilégié qui lui permet de rester au plus près de cet environnement qu’il affectionne.
Et même à l’intérieur, les animaux ne sont jamais très loin ! Un joli perroquet lui tient compagnie et apporte une touche de vie supplémentaire à cette maison où nature, animaux et peinture se côtoient au quotidien.
Son environnement est aujourd’hui une véritable source d’inspiration. Mais Lionel a aussi construit sa pratique au fil des années en observant et en s’inspirant du travail de grands peintres.
Autodidacte, Lionel apprend beaucoup en observant le travail d’autres peintres. Pour perfectionner sa technique, il n’hésite pas à se confronter aux grands noms de la peinture en reproduisant certaines de leurs œuvres.
Il s’intéresse notamment à Maurice Utrillo, célèbre pour ses représentations de rues, de villages et surtout de Montmartre, à Paul Cézanne, dont il observe le travail de la couleur et les touches caractéristiques, ou encore à Camille Corot et à ses nombreux paysages.
Reproduire le travail de ces maîtres n’est pas une fin en soi, mais une véritable méthode d’apprentissage. Composition, perspective, couleurs, lumière… Lionel observe, essaie, recommence et affine peu à peu sa technique, tout en construisant progressivement son propre univers.
Un apprentissage dont on retrouve encore quelques échos dans ses œuvres aujourd’hui. Ses vues de Collioure, de Port Grimaud ou de la place du Tertre à Paris témoignent notamment, comme chez Utrillo, d’un véritable intérêt pour les rues, les façades et les villages.
Son exigence se retrouve également dans sa manière de travailler : pour Lionel, une œuvre n’est jamais totalement figée. Même plusieurs années après l’avoir achevée, il peut décider de reprendre un tableau s’il estime pouvoir lui apporter quelque chose de plus.
Certaines de ses œuvres connaissent ainsi une seconde vie. Une couleur, un détail, un jeu de lumière ou une partie de la composition peut être retravaillé au gré de son regard et de l’évolution de sa pratique. La peinture à l’huile se prête particulièrement bien à cette démarche, puisque le travail par couches lui permet de revenir sur ses tableaux et de les faire évoluer au fil du temps.
Pour en savoir plus sur sa pratique artistique, découvrez la peinture à l’huile avec Lionel Planchenault, peintre de la bouche.
Nous avons justement pu en observer un exemple lors de notre visite. Dans son salon était exposé le portrait d’une femme, réalisé plusieurs années auparavant, que Lionel avait choisi de retravailler en y apportant des couleurs plus vives et davantage d’éclat.
Cette exigence envers son travail contraste avec la manière dont Lionel parle de lui-même.
Il est d’une grande humilité, presque étonnante au regard de son parcours. Lorsqu’on lui demande quel est son métier, il répond spontanément qu’il est « sans profession ». Une réponse qui nous a d’ailleurs poussés à le reprendre, tant elle semble éloignée de la réalité de son travail et de son investissement artistique.
Cette même discrétion transparaît dans sa façon d’aborder sa propre reconnaissance. En effet, Lionel n’a jamais cherché à mettre en avant son travail, comme si parler de son talent ne lui venait pas naturellement.
C’est ainsi l’une de ses aidantes qui s’est chargée de faire connaître ses œuvres, en lui trouvant des lieux pour les exposer. Elle l’a encouragé à montrer son travail et l’a accompagné dans la recherche de lieux d’exposition. Une démarche qui lui a permis de présenter ses tableaux lors d’un salon international mais aussi à Paris, la ville des artistes par excellence.
Lionel ne s’est donc pas construit seul dans cette pratique. Au fil des années, les personnes qui l’accompagnent au quotidien ont également joué un rôle précieux dans son parcours artistique.
L’une de ses aidantes lui apportait par exemple des photographies de paysages qu’il aimait ensuite reproduire, tandis qu’une autre l’aidait à trouver des lieux où exposer ses œuvres.
Aujourd’hui, c’est Maria qui l’accompagne au quotidien, mais aussi dans tout ce qui entoure son activité de peintre. Lors de notre visite, nous avons ainsi pu la voir préparer avec soin l’envoi de ses tableaux à l’APBP en vue de leur reproduction, mais aussi assister Lionel pendant ses séances de peinture.
Une présence importante dans son quotidien, où la peinture occupe une place essentielle sans pour autant résumer toute sa vie.
Si la peinture occupe une place importante dans la vie de Lionel, elle est loin d’en être le seul pilier. Au fil des années, il a aussi construit sa vie personnelle et familiale. Aujourd’hui père de deux enfants, il est également grand-père. Le week-end, sa fille vient régulièrement lui rendre visite avec son petit-fils et prend alors le relais de Maria pour l’accompagner au quotidien.
Ces moments en famille se déroulent dans un cadre qui porte lui aussi la marque de Lionel : sa maison. Un lieu auquel il est particulièrement attaché, puisqu’il en a lui-même imaginé et dessiné les plans afin qu’elle corresponde à ses besoins et à son mode de vie.
Et lorsqu’il délaisse ses pinceaux, Lionel s’adonne à une autre de ses passions : les échecs. Joueur assidu, il dispute en ligne des parties contre des adversaires du monde entier.
Pour jouer, Lionel a trouvé sa propre façon de faire. Il utilise une souris adaptée, dont le fonctionnement est inversé, qui lui permet de solliciter les mouvements qu’il conserve au niveau de la main. Une installation ingénieuse grâce à laquelle il peut profiter de quelques minutes de mobilité pour poursuivre ses parties.
Depuis l’accident qui a bouleversé sa jeunesse, les rencontres ont régulièrement marqué les grandes étapes du parcours de Lionel. Son arrivée au sein de l’Association des APBP ne fait pas exception.
Une amie, active dans le milieu du handicap et bonne connaisseuse des APBP, l’a épaulé pour constituer son dossier d’adhésion.
En 2017, Lionel devient membre de l’Association, une étape qu’il décrit lui-même comme un véritable tournant dans sa vie.
Grâce à cette adhésion, il a pu s’équiper de tout le matériel nécessaire pour faire évoluer sa pratique artistique : peintures, toiles et pinceaux. Elle lui a surtout permis de rencontrer Maria, qui l’accompagne aujourd’hui au quotidien dans son travail de peinture.
Plus de cinquante ans après cette première rencontre avec un kinésithérapeute qui l’encourageait simplement à essayer la peinture, celle-ci occupe toujours une place essentielle dans la vie de Lionel. Une passion construite au fil du temps, des rencontres et des expériences, qu’il continue aujourd’hui de faire évoluer, toile après toile.



